Abats-jour ★ Peinture à l’huile, acrylique, collages sur toile et textiles ★ 200x130cm ★ 2025
pour l’exposition JAUNE ★ Salon Cinq cinq, Paris ★ fév. 2025
Un jour que je flânais au rayon du spectre jaune, j’ai examiné ce que les peintres décédés avaient à nous proposer. J’ai trouvé ce rayon vachement bien garni en termes de bovidés ingénieuses.
Par exemple, les vaches de V. Van Gogh meuglent, aveuglées par leurs propres voix lactées.1 Elles sont enrobées d’une lumière grasse, bien coulante et bien veillante. Ce sont des vaches aux culs pointus. Dans le code international des signaux maritimes, le pavillon jaune signifie la lettre Q.
Van Gogh a aussi peint des litres de tomes jaunes2 : des livres interdits, pas des fromages. Mais lui aussi est fan de tomme, en bon esprit disparu.
N. Poussin a représenté l’adoration du veau d’or.3 Son tableau a été vendu 10 000 livres, ce qui prouve qu’il vaut de l’or.
Question : si le veau dort, est-il ensommeillé ou ensoleillé ? Et si le veau était tacheté, aurait-il été acheté ou volé ?
Et puis, F. Marc a comparé une vache à un élastique de bascule postale : jaune et tendue comme un croissant d’agrume.4 Celle-ci a un sacré pis. C’est sûrement ce qui lui a permis de calculer sa circonférence avant de s’élancer dans le contour de sa croupe décadente.
J’en ai déduit qu’il existe une relation de couleur à espèce qui vaut la peine de s’accroupir.
D’ailleurs, il paraît qu’au XVème siècle, on trouvait un pigment jaune très goûteux. Celui-ci était fabriqué avec le pipi des vaches qui mangeaient des feuilles de manguier.
Comme les vaches ont beaucoup d’estomacs puis qu’elles nous toisent d’un air détaché, j’ai choisi d’en inviter une pour qu’elle nous présente son inventaire, elle qui connaît bien mieux le jaune que son propre inventeur.
Cette vache, en l’occurrence, a découvert l’eau chaude (urée) et le beurre rance, voire la durée : elle a avalé un macaroni dans son sablier. Elle meuh dit, amusée : Le temps c’est cool là où l’or loge : ce qui est la dure réalité, purée.
Dans certains laboratoires, les vaches ont un hublot sur le flanc. Les humains, fascinés, ne peuvent pas s’empêcher d’espionner leur fort intérieur et ont, en somme, l’air très bêtes. Ils se trouvent hypnotisés par une machine à avaler dont la seule lessive est une salive ruminée.
Digestif, que personne ne bouse !
Ici, nous traversons un tout autre cas de fenêtre : une peinture grande ouverte ou jaune. La vache a régurgité tout son flan pâtissier sur la surface entoilée, pas tissée. Tout ce que la vache mâche et tâche de peindre sans relâche : les restes d’étincelles gluantes collées au fond du lave faisselle. À quoi panse-t-elle, la vache qui ripaille, quand elle pâture le foin, la flore intestinale ?
Son idée est figurée par une ampoule. L’an poule c’est justement l’époque du dé, butant sur un coin d’étable : une coïncidence notable.
Qui vient en premier ?
La nourriture ou les besoins qu’on en fait ?
La vache gloutonne était disposée à classer son goûter par motifs, ce qui l’avait motivée à déglutir des glutens. Moi, émue en tant que Parmentier, j’ai songé aux pommes de terre. Aux paumes déterminées à déterrer les tubercules d’amidon, consciencieusement plantés dans un format sillonné. Si ongulés, comme si on avait assez d’informations pour débarrasser le plancher des vaches qui ont du lait dans le mirage. En tant que peintre, j’ai rêvé de la belle croûte du pain doré. L’amie de la vache quand il s’agit de tartiner, la miette dûment présentée sur l’étalage du boulanger, bouche bée mouchetée chez le boucher. Debout sur la table à langer pour changer les couches des peintures, en bas âge ou en bas-relief.
Là-bas : où le jour se lave.
Alors la vache, estomaquée, a étalé tous ses abattis : œufs, mollets, pattes à tartiner au beurre demi-salé, sabots, sablés, débuts et défunts d’os humains, humidités, animosités, mimosas, mimolettes, étalons d’hachis, pain de mie entier, pois démesuré, étendard de suif en gelée, coins écornés, Brigitte Bardot esseulée, couennes et cuisses d’oreiller… Cela s’est mit à former l’anatomie d’un chutney laitier à travers mes yeux brouillés.
Voilà, la peinture
c’est un médium
on dit ça.
Un médium
qui voit à travers le temps
et les estomacs.
- Vincent Van Gogh, 1890, Les vaches, huile sur toile, 55×65cm, Palais des Beaux-Arts, Lille ↩︎
- Vincent Van Gogh, 1887, Les livres jaunes, 73×92cm, Collection privée ↩︎
- Nicolas Poussin, 1633-1634, L’Adoration du veau d’or, huile sur toile, 153×212cm, National Gallery, Londres ↩︎
- Franz Marc, 1911, La vache jaune, huile sur toile, 189×140cm, Guggenheim, New-York ↩︎
Ce texte sur Abats-jour a été imprimé dans le livret de l’exposition Jaune et dans l’auto-édition Le portrait du robot.


















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