La timidité c’est un projet réalisé avec Nicolas Keller (Curtis Coco) et les enfants de l’ACM à Giffaumont (Ligue de l’enseignement 55) en juillet 2025 lors d’une résidence Cabanes (été culturel Grand Est – DRAC – Scènes & Territoires)












Et si, avec nos ombres, on avait le pouvoir de se dédoubler ? Avoir le double de notre âge, être un personnage, une personne âgée. Avoir le courage de nager tout le contour du lac sans jamais s’arrêter : oser.
Nos ombres, elles pourraient prendre la relève. On pourrait chacun⸱e conserver notre propre timidité. Ce sont elles qui se laisseraient toucher, être émues, ou motivées. Nous, on se contenterait d’être touchant⸱es : on garderait notre champ d’action délimité, notre pré carré. Clôturé : un jardin secret, intériorisé, un jardin d’enfants.
Nos ombres, elles, flouteraient les lignes de ce qui nous sépare, nous relie : elles seraient comme une cartographie de nos états d’âmes, nos états d’esprit : nos pays (sages?). Nos ombres, bien que différentes, s’assembleraient en grand nombre : un périmètre en mouvement, pour calculer la circonférence du lac (artificiellement fabriqué – le dernier lac – enfin, le premier : comme notre ombre cache notre visage, l’eau déservée dans le lac a englouti les villages).
Nos ombres nous donneraient confiance en jour, en soir, en soif, en nous, en nuit. D’ailleurs, s’ennuyer ensemble ça reste plus rapide que notre ombre isolée. Notre ombre ensemble est celle d’une silhouette : une hirondelle, une mouette, un moustique, une araignée. Elle est remplue – coloriée, elle nous permet de nous délester de tout ce qui rempli nos pensées – ce qui nous submerge de timidité.
Il suffit de jeter un pavé dans la mare et l’eau repousse ses limites, depuis un nouveau point d’eau, point de vue ou de vie, qui émet des ondes, des rondes emboitées – comme on dit : un contour de magie !
La timidité c’est peut-être :
- Les arbres qui poussent en ramifications multiples sans jamais vraiment se toucher – qui laissent un chemin de lumière entre leurs feuilles, comme par solidarité, pour se laisser à chacun la place d’exister sous la lumière. Mais aussi par pure timidité – ils se laissent leurs territoires bien séparés.
- Se poser toutes les questions dans sa tête sans jamais les verbaliser
- Ne pas oser prendre la place qui nous est pourtant dédiée
- Donner la même réponse que les autres, pour ne pas se mouiller
- Quand on est 2 à s’inscrire à la nouvelle activité puis à la fin on est 10
- Répéter toujours la même blague pour pas trop dévoiler qui on est
- Ne pas oser crier sur les enfants dissipés













Souvenirs de Giffaumont




















