Bonjour ! MERCI pour votre visite ICI.
J’espère que vous aimez bien les notes de pas de cage1 🙂
Ici Anouk Parmentier. Je naquis en l’an 20002 à Nancy3. J’habite maintenant à Strasbourg4. J’y exerce mon métier : artiste.
Vous aurez remarqué que je porte un nom de Patate. C’est pour cette raison que mes activités principales ont pour initiale la lettre P5, en textures déclinées : Peinture (purée); Performance (chips); Poésie (frites); Philosophie (gratin).6
La sauce dans laquelle je trempe ces mets7, c’est la soupe alphabet – le langage – qui me fascine, me façonne et m’engage dans une recherche très absorbante. La soupe alphabet, c’est le mélange fluctuant des dénominations et des représentations qui nourrit nos rapports au monde8, c’est là où mijotent tous nos repères. Son pouvoir est si étonnant qu’il s’apparente à de la magie9 : cette soupe a une grande effectivité. Lettre donne l’être.
Mal assaisonnée, la soupe alphabet peut être un poison10 : elle est capable de figer en gelée des définitions et des identités, d’assigner et de désinformer. Certains croûtons s’y emploient activement.
Mais je crois que la soupe alphabet est surtout un remède11 ! Sa fluidité est un cadeau (présent) qui ne demande qu’à être touillé (actualisé). J’ai développé un appétit illimité pour ce qu’elle offre de plus ambigu : les jeux de mots. Calembours, amphigouris, paronymies, contrepèteries…12 : tout ce qui multiplie les polysémies me fait l’effet de la saveur umami13. Je cherche à provoquer des errances de traduction et des décalages de communication pour interroger ce que peut cacher un sens premier et spéculer sur des possibilités de s’exprimer autrement que selon des logiques hégémoniques-monolithiques.
J’aime le fait que les jeux de mots se déploient dans des registres a priori éloignés : de la blague carambar du dimanche à la langue des oiseaux ésotérique (qui était réservée aux snobs initiés14). De la même manière, la patate, féculent polyvalent, permet de cuisiner à la fois des plats modestes et des mets raffinés.
La soupe alphabet est servie dans un saint-bol. Les symboles me passionnent aussi. Les images, qu’elles soient visuelles ou textuelles, y sont pour beaucoup dans la magie15. Elles provoquent des glissements sémantiques, en toc ! Je m’intéresse tout particulièrement aux processus de décontextualisation, de prolifération, de polysémie et de performativité des images, qui ne renvoient plus à une fonction symbolique claire comme des icônes, mais envahissent les espaces publics et psychiques, de manière ornementale, signalétique ou médiatique, créant ainsi des normativités coriaces mais aussi plein de possibilités de diffraction de sens, fertiles pour l’imaginaire. Je m’amuse à isoler des symboles, à en faire des pictogrammes perdus. Je m’amuse à les faire émerger aléatoirement de la matière. Ou bien, je m’amuse à les combiner dans des réseaux foisonnants, pour élaborer des cartographies : des fondations cosmogoniques qui me servent à échafauder des théories plausibles, des ontologies fabulatrices.
Avec cette métaphore filoute du repas, je peux maintenant affirmer que ma pratique découle d’une attention portée aux régimes de sens.
Ce qui me guide, c’est le désir de faire émerger des formes critiques mais ouvertes, poétiques et politiques, parfois absurdes ou grotesques, irrévérencieuses, idiotes ou alambiquées mais toujours traversées par une curiosité pour les manières dont les signes façonnent notre perception du monde et nos identités et surtout pour la façon dont leurs mises en réseaux « font sens ». Quel sens ? Interdit, propre, sale, figuré, défiguré ?
Je suis à la recherche du pain perdu. Cela signifie que j’enquête constamment, sans rien trouver de bien précis.16 Je ne trouve que de nouvelles pistes à emprunter dans le labyrinthe des analogies. Je regarde autour de moi, je vois des indices, des coïncidences. Je décide de leur faire entièrement confiance : je me laisse aller à la suggestion, à l’interprétation subjective. Je fais ça avant tout pour célébrer l’errance, la dérive et une sorte d’inutilité fertile. Aussi, l’attention (l’amour) et l’humour. Je ne vois pas d’autres choses qui soient aussi importantes dans la vie.
La patate contient beaucoup d’amidon, glucide aux propriétés collantes. C’est pourquoi j’utilise le collage – formel et sémantique – comme méthode de contamination. Le collage, au sens large, me permet de superposer et détourner des signes venus de champs hétérogènes. Je tente de digérer images, concepts et anecdotes glanées pour les réagencer en combinaisons plurivoques.
Je glane, et même quand je glande, je glane. J’explore, je dérive et je rencontre toujours au moins une fois par jour les Monstres17 : entités qui me lèguent des objets. Je remplis alors des boîtes avec ces rebuts venus de la rue. Ce sont en fait des rébus déboités, que j’essaye de reconstituer.
L’amidon de la patate, c’est aussi « l’ami-don ». Ce qui nous colle ensemble en collectif. J’envisage l’art comme une grande recherche qui se construit affectivement : par les relations, les échanges, les rebondissements. Les projets de co-création, que ce soit dans des interventions ou dans des collaborations entre ami·es, sont pour moi les plus exaltants.
- Les pages sont des cages ! Les mots sont des oiseaux. ↩︎
- Astrologiquement : cancer ascendant scorpion / dragon de métal / selon manganet : lion émotif ↩︎
- Nan ? Si ! – grandir dans cette ville m’a donné une certaine indécision
D’ailleurs, j’habite toujours dans le Grand Test à choix multiples ↩︎ - J’ai fait mes études à la HEAR de Strasbourg. J’adore tellement cette ville que j’ai décidé de m’y établir jusqu’à nouvel ordre. ↩︎
- Je suis plutôt contente de l’initiale P : la paix, le pet. De belles choses. ↩︎
- Ces choix de recettes sont précis.
► La peinture est évidemment une purée. La purée résulte de l’amalgame entre une matière grasse qu’est le beurre et une charge qu’est la patate écrasée, comme la peinture à l’huile, composée de pigments broyés et d’un liant gras. La térébenthine pourrait être le lait qu’on ajoute dans la purée. La peinture, on l’étale, on la mélange, elle est ductile, elle peut comporter plus ou moins de morceaux, être plus ou moins épaisse, élastique : vraiment comme la purée.
De plus, Lapurée c’est une sorte de Lapereau, le petit de Lapinture. Le lapin est un animal souvent apeuré. Est-ce qu’il lape l’urée ? hm… c’est une autre histoire
Que penser de la peinture épurée, minimaliste ? animaliste ?
Il paraît qu’on peut fabriquer de la peinture à partir de fécule de pomme de terre, je veux trop essayer !
► La chips est un aliment très performatif, en tant qu’elle est communément associée à l’apéro. L’apéro c’est un moment bien précis, un temps donné, avec d’autres manières que celles du reste de la journée. Si l’on pose un bol de chips sur la table, on ouvre l’apéro : la performance de convivialité peut commencer. De plus, la chips croustille et est fort salée : je ne saurais pas expliquer pourquoi mais je trouve que sensoriellement, ça va bien avec le média performance, avec sa tradition un peu subversive, relevée.
L’apéro nous fait retrouver Lapereau mais différemment, hmm, intéressant.
► La poésie, c’est les frites bien sûr. Classiquement, dans sa forme écrite, la poésie se présente en lignes, comme les frites en batônnets. Il peut y avoir de la friture sur la ligne et sur l’écriture. La poésie peut aussi être particulièrement grasse, lourde, voire indigeste, quand elle est bien lyrique et baroque. Baroque à frites !
► La philosophie, que j’étudie à l’université, c’est le gratin au sens de gratin mondain, car on y croise d’éminents esprits du passé dans les textes : des fantômes qui ont une grande renommée et font autorité. Aussi, souvent, il faut creuser pour comprendre la philosophie compliquée, il faut casser la croûte du texte (qui est souvent rédigé dans un langage/fromage technique). Il faut de la ténacité, comme pour accéder à ce qu’il y a au-dessous de la surface gratinée. Je demande moins de cuisson s’il vous plait, garantissez l’accessibilité ! ↩︎ - Paradoxalement, je ne fais pas beaucoup de recettes (pécuniaires) avec ces activités. C’est un choix : je suis à la recherche du pain perdu (réemploi, sobriété). Je n’ai que faire des pâtisseries style croissance au beurre, spéculoos ou financiers. ↩︎
- Le monde étant lui-même une lasagne, composé d’une infinité de couches de sens et de diverses strates : noyau, manteau, croûte, troposphère, stratosphère, mésosphère, thermosphère… ↩︎
- De la sauce Maggi ? ↩︎
- La soupe alphabet peut noyer le poisson. ↩︎
- La soupe alphabet est un pharmakon : remède et poison. ↩︎
- & homophonies, autotraductions, néologismes, holorimes, rétroacronymes, trompe-oreilles, duomots, cratylismes, cacographies, boutades, allographes, acrostiches, charades… ↩︎
- L’umami (うま味) est la cinquième saveur de base avec le sucré, le salé, l’amer et l’acide. ↩︎
- « Les vieux maîtres, dans la rédaction de leurs traités, utilisèrent surtout la cabale hermétique, qu’ils appelaient encore langue des oiseaux, des dieux, gaye science ou gay savoir. De cette manière, ils purent dérober au vulgaire les principes de leur science, en les enveloppant d’une couverture cabalistique. » Fulcanelli, Les Demeures Philosophales, t. I, p. 159 ↩︎
- Magie est tout bonnement l’anagramme d’image ! ↩︎
- Je suis guidée par le « ? » et sa démarche chaloupée. ↩︎
- Les Monstres sont des entités surnaturelles qui distribuent des objets sans propriétaires aux personnes glaneuses. Ils sont particulièrement présents à Bruxelles (le brol est une de leurs manifestations) et à Strasbourg, mais on peut les rencontrer partout, il suffit de croire en leur pouvoir. On peut aussi les nommer au singulier : alors il s’agit du Dieu de la Rue. ↩︎





















